vendredi, mai 13, 2005

Avec l'unité de la droite nationaliste vers Schengen

Les partisans de l'accord de Schengen/Dublin semblent avoir réussi à contrer l'UDC. Bravo! Ils vendent l'accord en utilisant l'un des slogans préférés des démocrates du centre: plus de sécurité pour la Suisse. Du coup, on en oublie que Schengen, c'est avant tout la formidable liberté de voyager à travers l'Europe sans avoir à craindre les douaniers à chaque frontière. Le front uni que les partis et les milieux concernés par l'accord ont réussi à former est également remarquable. Il y a peu l'engagement mou et tardif des partis de droite et des milieux économiques pour la naturalisation facilitée des jeunes étrangers de la 2e et de la 3e génération avait contribué à l'échec de ce projet. On ne compte plus les articles sur les anti-Schengen repentis. Parmi eux, les deux conseillers fédéraux Hans-Rudolf Merz et Samuel Schmid ont expliqué longuement les raisons pour lesquelles ils plaident maintenant pour l'accord.

Comment interpréter cette large unanimité? L'UDC parle de manipulation et de censure. Certes c'est exagéré, mais n'y a-t-il pas quelque chose de juste dans cette analyse? Personne en Suisse n'est en mesure de manipuler autant d'intervenants et de les empêcher d'exprimer leurs doutes sur Schengen. Contrairement à l'unité de doctrine qui règne dans les rangs de l'UDC et de l'ASIN, le front pro-Schengen est spontané. Les acteurs politiques semblent avoir compris que pour gagner des combats à une époque à ce point dominée par la droite nationaliste, il faut non seulement lui emprunter une partie de ses arguments mais aussi faire preuve d'autant d'unité qu'elle. C'est dommage pour le débat démocratique, qui perd en qualité, mais c'est peut-être là le seul moyen de continuer à faire avancer une Suisse prise en otage par le discours nationaliste dans le sens de l'Union européenne.