vendredi, septembre 23, 2005

Zurich: de la Confédération à la nation

Faut-il déplacer la capitale de la Suisse de Berne à Zurich? Le gouvernement zurichois pourrait-il devenir celui de la Suisse? Cela est bien sûr impossible. Après avoir écouté la ministre zurichoise de la santé jeudi à Zurich, la question s'impose toutefois. Voilà une politicienne cantonale, qui dit penser et agir pour le bien de la Suisse entière. Si Zurich a décidé de faire capoter la convention intercantonale visant à répartir les spécialités de médecine de pointe entre les divers hôpitaux suisses, a-t-elle dit, ce n'est pas pour défendre ses propres intérêts, mais parce qu'une telle répartition menace à terme d'affaiblir cette médecine face à la concurrence étrangère. Seule la concentration de cette médecine dans deux centres suisses permettra de maintenir ses chances, selon elle.

L'analyse est pertinente. Ses chances de convaincre les autres cantons paraissent toutefois nulles. Car c'est le canton le plus puissant de Suisse qui la présente. Un canton partie-prenante, puisqu'il dispose d'un hôpital universitaire qui devrait renoncer à certaines spécialités si les cantons réussissaient à se mettre d'accord. "Ce n'est pas comme ça que la Suisse fonctionne", a répondu la Conférence des directeurs cantonaux de la santé. Il faudrait dire: "ce n'est pas ainsi qu'elle a fonctionné jusqu'ici."

Mme Diener semble avoir compris que la Suisse est en train de changer. La population y a contribué en acceptant dernièrement - peut-être se rendre compte de ce qu'elle faisait - d'un instrument - la nouvelle péréquation financière - qui permettra à la Confédération d'obliger les cantons à se mettre d'accord sur le financement de certaines tâches si ceux-ci n'arrivent pas à se mettre d'accord entre eux. Mais Mme Diener a vraisemblablement également compris que la Confédération n'est pas encore prête à assumer ce rôle de gendarme. Elle a donc décidé de jouer la carte de la confrontation et de tenter ainsi de faire passer en force une solution qu'il reviendrait aujourd'hui à Berne d'imposer.

Sur cette question, la Suisse romande ne semble pas avoir compris que Zurich n'est pas contre elle, mais avec elle, tout comme d'ailleurs avec la trop souvent oubliée Suisse orientale. C'est vrai qu'elle a justement constaté que le conflit qui s'est déclaré est un conflit entre Suisses alémaniques et qu'elle n'a (presque) rien à y perdre, vu que Genève et Lausanne ont été - pour une fois - assez malins pour se répartir la médecine de pointe avant tout le monde. En s'alliant à Zurich sur ce dossier, les gouvernements romands pourraient toutefois peut-êttre marquer des points en prévisions d'autres luttes confédérales. Encore faudrait-il des politiciens assez forts pour faire passer cette alliance inouie auprès de Romands qui continuent à craindre Zurich.