vendredi, décembre 23, 2005

Vive l'économie, elle "sauvra" le français en Suisse alémanique!

Le "oui" du Grand Conseil zougois à l'enseignement du français à l'école primaire constitue une victoire d'étape importante dans le débat sur l'avenir des langues en Suisse. Les vues échangées par les députés jeudi révèlent ce qui devrait "sauver" le français Outre-Sarine, les arguments économiques et non pas la volonté de soutenir la cohésion nationale.

Pour deux des trois principaux partis zougois, le PRD et le PDC, l'anglais et le français sont essentiels pour le développement de la place économique zougoise et suisse. Et pour offrir toutes les chances de réussite professionnelles à nos enfants, il faut que ceux-ci deviennent plurilingues. Seule l'UDC zougoise, proche des petits commerçants et des artisans, estime que la bonne maîtrise de l'allemand et de l'anglais suffit pour s'affirmer dans le monde du travail. Ceux qui voudront développer leur français pourront toujours le faire adultes sous forme de formation continue, selon elle.

La décision du parlement zougois laisse présager que le Grand Conseil zurichois devrait également refuser de reporter l'enseignement du français au primaire. Les bourgeois de Zurich pensent souvent comme ceux de Zoug. Certes le PDC est minoritaire à Zurich et l'UDC est le parti le plus fort. Mais contrairement à celle de Zoug, l'Union des arts et métiers zurichoise est favorable à l'enseignement de deux langues "étrangères" au primaire. De plus, le PS zurichois pourra difficilement se permettre de lutter contre projet, car c'est une ministre issue de ses rangs, la socialiste Regine Aeppli, qui le défendra devant le parlement.

La décision de Zurich aura une influence décisive sur la façon dont les cantons de Suisse centrale et orientale enseigneront à l'avenir les langues. Si Zurich maintient le français en primaire à côté de l'anglais, aucun canton voisin ne devrait se permettre de faire autrement.

lundi, décembre 12, 2005

Samuel Schmid chante Vian, mais n'a toujours pas déserté

Boris Vian, vous connaissez? Et sa chanson de 1954 qui s'appelle "Le déserteur"?:

"Monsieur le Président / Je vous fais une lettre / Que vous lirez peut-être / Si vous avez le temps
Je viens de recevoir / Mes papiers militaires / Pour partir à la guerre /Avant mercredi soir
Monsieur le Président / Je ne veux pas la faire / Je ne suis pas sur terre / Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher / Il faut que je vous dise / Ma décision est prise / Je m'en vais déserter (...)"

Le président de la Confédération, Samuel Schmid, qui en plus est ministre de la défense, l'a chantée jeudi dernier à l'opéra de Zurich lors d'une fête organisée en l'honneur de son successeur à la tête de l'Etat, le Zurichois Moritz Leuenberger. "Chantée", j'exagère. Il l'a lue, pas tout, uniquement le début: "Monsieur le Président / Je vous fais une lettre / Que vous lirez peut-être / Si vous avez le temps". Sur quoi, Samuel Schmid a continué avec sa lettre "à Moritz", où il souhaitait à son collègue que lors de son année présidentielle 2006, le Conseil fédéral retrouverait "la discipline" grâce à laquelle il a toujours fonctionné. "Si t'en a marre, on discutera une nouvelle fois ensemble autour d'un bon repas, si t'as envie", a-t-il proposé amicalement à Moritz Leuenberger.

Qu'a voulu dire Samuel Schmid en citant Boris Vian? Cherche-t-il à indiquer qu'il pense quitter son parti, comme il l'a déjà évoquer une fois? A-t-il voulu dire qu'il ne souhaitait pas participer à la bataille que se mènent certains conseillers fédéraux par indiscrétions interposées? Ou a-t-il suggéré qu'il voulait quitter le Conseil fédéral? Cette citation est-elle le SOS d'un homme d'Etat qui, lâché par son parti, ne comprend plus toujours très bien ce qu'il fait et qui il peut bien encore représenter au gouvernement. Ce n'est pas la première fois en tout cas qu'on entendait Samuel Schmid triste, las, entre la révolte et la résignation. Un peu mélancolique aussi. L'homme est d'un autre temps, d'une autre Suisse. Sur la scène de l'opéra, cela lui donnait une dimension touchante. Dans la réalité, il ferait peut-être mieux de démissionner, vraiment.

Un tiers des enseignants alémaniques s'empêtre dans le conservatisme

Des enseignants alémaniques conservateurs sont en première ligne dans le débat actuel sur l'avenir de l'enseignement des langues en Suisse. Dans quatre cantons - bientôt cinq- dont Zurich, des associations d'enseignants ont déposé des initiatives populaires intitulées "pour une seule langue étrangères à l'école primaire". "Langues étrangères", le terme choisi dit déjà tout: en effet, dans leur langage, il se rapporte soit à l'anglais, soit effectivement une langue étrangère à la Suisse, soit au français, soit une de nos langues nationales. C'est cette langue nationale "étrangère" que ces milieux d'enseignants veulent évincer de l'école primaire au profit de l'anglais. Est-ce qu'en classe devant leurs élèves ils parlent du français dans ces mêmes termes? Mais attention, la perversion de leur langage ne s'arrêtent pas là. Ces enseignants disent ne pas vouloir qu'on enseigne l'anglais et le français en primaire, car ils craignent que cela empêche encore plus les élèves d'apprendre correctement l'allemand, la première des langues "étrangères" que les jeunes alémaniques doivent apprendre à l'école, comme ils disent.

Bref, dans leur discours, ce sont l'anglais et le dialecte qui s'en sortent le mieux. Dialecte et anglais, terroir et économie: deux termes qui rappellent tellement le nationalisme-conservateur de l'UDC. Ce n'est pas avec de tels enseignants qu'on fera des petits Suisses des plurilingues ouverts au monde et capable de travailler dans un monde de plus en plus global. Heureusement, seuls environ un tiers des enseignants alémaniques est contre l'enseignement de deux langues nationales, l'allemand et le français, et d'une langue étrangère à l'école primaire.