dimanche, février 26, 2006

Schaffhouse: 1, Suisse: 0 (peut-être -1)

Merci, les Schaffhousois! Vous avez dit aujourd'hui oui à l'apprentissage du français et de l'anglais au primaire, oui à l'enseignement précoce des langues. Vous avez reconnu - de justesse certes, mais quand-même - la nécessité de devenir plurilingue dans un monde mondialisé. Merci, on respire et on espère que les quatre autres cantons qui sont appelés à s'exprimer prochainement sur le même sujet vous suivrons!

Bien sûr, il ne faut pas se leurrer. Vous n'avez pas dit oui au français pour faire plaisir à des Suisses romands minorisés. Et vous n'avez pas dit oui, pour défendre le lien confédéral, cette chimère. Vous avez prouvé une fois de plus que le seul lien confédéral qui existe est celui de l'intérêt propre.

Si vous avez dit "oui", c'est que vous souhaitez que vos enfants puissent un jour éventuellement aller travailler à quelques kilomètres de là, à Zurich, là où plus on parle de langues, plus on a de chances professionnelles. Là où les enfants apprennent d'ores et déjà l'anglais et le français dès le plus jeune âge.

Pour les vertus culturelles du français, on repassera. En Suisse alémanique, cela fait belle lurette que la culture anglophone a supplanté les productions des esprits et des coeurs francophones. L'économie sauvera-t-elle la Suisse? L'homme peut-il se passer de culture? Let's see!

Si l'économie a gagné aujourd'hui de nouveaux bons petits soldats schaffhousois, la Suisse n'a en tous cas pas gagné de nouveaux vaillants confédérés. Peut-être en a-t-elle même perdu quelques uns. En effet, tout en voyant leur initiative populaire refusée à Schaffhouse, les opposants à l'apprentissage précoce de plusieurs langues ont gagné sur un point dimanche.

A cause d'eux, on parle désormais en Suisse du français comme "d'une langue étrangère". C'est ainsi que la plus haute instance helvétique en matière d'enseignement, la Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP), a décrit le français dans un communiqué de presse dimanche. Disons-le, un tel choix de mots est un scandale de la part d'une institution qui sait très bien que les mots véhicules des idées qui marquent les esprits, presque malgré eux.

Bref, it's done! Nous vivons dans une Confédération d'intérêts économiques. Les Alémaniques apprendront désormais le français afin de pouvoir avoir des relations économiques avec un pays étranger qui s'appelle Suisse romande. Les Romands apprendront l'allemand pour avoir des relations économiques avec un pays étranger qui s'appelle la Suisse alémanique. Et tout le monde apprendra l'anglais pour faire du business avec le reste du monde. Le taux de suicide que nous connaissons en Suisse n'est pas prêt de baisser!

1 Comments:

Blogger Jack said...

Je suis pas aussi sûr que vous que la Suisse ait perdu ce week-end. Indirectement en tout cas, elle y gagne. Je m'en suis réjoui sur mon blog. Et tant mieux si c'est l'argument économique qui prime, car il reste bien souvent le plus solide.

Quant à l'expression "langue étrangère", je me demande si cela ne vient pas de l'allemand fremdsprache, qui a une autre connotation en français. En ce qui nous concerne, sans faire de cynisme, nous apprenons une langue étrangère en premier, avec l'allemand...

1:44 PM  

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