Avez-vous lu le très intéressant texte du nouveau rédacteur en chef de la "Neue Zürcher Zeitung" (NZZ), Markus Spillmann, paru dans le "Temps" le 23 juin. A la question "La NZZ est-elle la porte-parole du libéralisme", M. Spillmann répond que le libéralisme - au sens philosophique - est plutôt à la base de la démarche journalistique de la NZZ. Et il estime que les médias qui se distancient de toute valeur et autorité, n'offrent pas la garantie de jugements politiques sans soupçon. Extraits:
"Selon les statuts, l'objectif de l'entreprise est la pu blication de la NZZ en tant qu'«organe de haute qualité, indépendant d'intérêts particuliers, qu'ils soient politiques, économiques ou culturels, et d'inspiration radicale démocratique». Chaque interprétation des statuts souligne l'accent porté aux valeurs libérales et non pas au programme du Parti radical. La charte rédactionnelle parle de «l'idée fondamentale du libéralisme suisse et de l'ambition de publier un quotidien d'une haute qualité journalistique».
La NZZ n'a pas découvert le libéralisme, philosophie à la fois très ancienne, la plus moderne et celle qui a connu le plus grand succès. Le libéralisme s'est imposé dans les grands conflits idéologiques, contre le nationalisme d'abord, puis contre l'impérialisme, le fascisme et le national-socialisme, et enfin contre le communisme. Et je suis persuadé que les idées libérales vont maintenant triompher du fondamentalisme islamique et de tous les autres mots en «isme».
L'un des grands moments critiques, pour nous, se situe dans les années 1930. La NZZ , en conflit avec une gauche dure et en pleine lutte des classes, a clairement pris position. Il faut se rappeler que les rédacteurs de l'époque n'avaient pas toutes les informations dont nous disposons actuellement. Ils ignoraient les terribles événements de cette époque. Sous la direction de Willy Bretscher, longtemps correspondant du journal à Berlin, la NZZ , fidèle à sa pensée libérale, est devenue l'une des premières voix à avertir des risques soulevés par l'idéologie qui se répandait en Europe.
Le refus du totalitarisme, la NZZ l'a aussi appliqué à l'égard du communisme et de la politique expansionniste de l'Union soviétique. Aujourd'hui, nous pouvons être fiers d'afficher un libéralisme inflexible par rapport aux courants politiques dominants.
Les statuts de la NZZ et de la rédaction postulent que la NZZ soit un journal politique et un journal d'opinion. Elle le restera à l'avenir, car je suis d'avis qu'une identification sincère et la déclaration de notre position intellectuelle et politique sont loin d'être un anachronisme, à un moment où les médias suivent de plus en plus les modes.
Pour être un journal d'opinion, la condition de départ consiste à lier au commentaire une information complète et exempte de préjugés. Le lecteur doit pouvoir se faire sa propre opinion sur la base d'une information objective que lui livre la NZZ . Les commentaires et articles d'analyse doivent lui permettre de réviser l'image qu'il s'est faite à l'aune d'une approche libérale. Au départ se trouve l'information objective. Seul celui qui est bien informé peut avoir un discours politique cohérent.
La NZZ vise un journalisme qui se fonde sur le principe de responsabilité: les règles de publication ne se fondent pas que sur l'évidente nécessité de la vérité et de la précaution, mais aussi sur le principe de la mise en relation et de la modération: la qualité rédactionnelle oblige à garder le sens des proportions.
L a responsabilité éditoriale nous demande aussi de nous reconnaître derrière les principes fondamentaux de l'Etat suisse et de ses intérêts vitaux.
Nous renonçons ainsi à une pratique journalistique, qui n'est pas rare, qui tend à se distancier de tout et à n'être loyale à aucune institution ni valeur. Cette «indépendance», sans origine intellectuelle définie ni direction, ne garantit nullement un jugement politique sans soupçon et n'a rien à voir avec une approche libérale.La NZZ n'est donc pas, comme d'autres journaux, au-dessus des partis dans le sens où elle resterait complètement neutre. Mais elle n'a jamais appartenu et n'appartient à aucun parti. Elle ne transmet donc pas les opinions préfabriquées des bureaux de parti.
Pour que l'Etat puisse fonctionner dans un sens libéral, il ne garantit pas seulement les libertés et droits des citoyens, mais exige aussi le respect de ses devoirs. La responsabilité individuelle, comme le libéralisme le proclame, ne soustrait pas le citoyen à ses responsabilités pour la communauté."